Le 1er juin 2026, le château de Versailles a accueilli la neuvième édition de Choose France, le sommet annuel destiné à attirer les investisseurs étrangers. Le millésime restera dans les mémoires : 93 milliards d'euros d'investissements annoncés, 71 projets et plus de 15 600 emplois à la clé. Une grande partie de cette manne vise un même objectif, faire de la France une terre de data centers et d'infrastructures pour l'intelligence artificielle. Mais derrière le chiffre record, une nuance mérite d'être posée : tout n'est pas encore signé.
Un sommet record, porté par l'IA
Emmanuel Macron l'a souligné lui-même : le volume annoncé cette année dépasse à lui seul le cumul des huit éditions précédentes. L'IA et ses besoins en calcul en sont le moteur principal. Pour faire tourner les modèles, il faut des data centers, et pour alimenter ces data centers, il faut de l'électricité en abondance. C'est précisément ce que la France met en avant : un parc nucléaire qui offre une énergie pilotable et relativement décarbonée, un argument de poids face aux géants du cloud.
Au-delà du numérique, le sommet a aussi engrangé des projets dans la logistique, la santé ou l'industrie. Mais ce sont bien les annonces liées à l'IA qui donnent au cru 2026 son ampleur inédite.
SoftBank, pierre angulaire du sommet
Le projet le plus spectaculaire vient du groupe japonais SoftBank. Son patron, Masayoshi Son, a confirmé un engagement ferme de 45 milliards d'euros pour construire trois data centers dédiés à l'IA dans les Hauts-de-France, à Dunkerque, au Bosquel et à Bouchain. Objectif : une capacité de 3,1 gigawatts d'ici 2031, avec à la clé environ 8 600 emplois pendant la construction et 900 pour l'exploitation.
Ce premier jalon pourrait n'être qu'un début. SoftBank évoque une enveloppe qui pourrait monter jusqu'à 75 milliards d'euros au fil des phases, ce qui en ferait son premier grand pari d'infrastructure en Europe. À ses côtés, le gestionnaire d'actifs canadien Brookfield a annoncé 30 milliards d'euros, notamment autour de Cambrai et d'Escaudain. Les Hauts-de-France se posent ainsi en futur cœur des data centers européens.
- SoftBank : 45 milliards d'euros fermes, trois data centers en Hauts-de-France, 3,1 GW visés d'ici 2031.
- Brookfield : 30 milliards d'euros pour des infrastructures IA, autour de Cambrai et Escaudain.
- Total du sommet : 93 milliards d'euros, 71 annonces, plus de 15 600 emplois.
93 milliards affichés, combien réellement engagés ?
C'est tout l'enjeu d'un média sérieux : distinguer l'annonce de l'engagement. Les 45 milliards de SoftBank constituent un engagement contractuel ferme, le socle le plus solide du sommet. Le total de 93 milliards, lui, agrège des projets de statuts variés : contrats signés, plans pluriannuels et plafonds conditionnés à la réussite des premières phases. Autrement dit, le chiffre vitrine se concrétisera sur plusieurs années, et son montant final dépendra de jalons encore à franchir, à commencer par la question, centrale, de l'approvisionnement en électricité.
Une annonce d'investissement n'est pas un chèque encaissé. Le vrai test viendra des chantiers qui sortiront de terre, et de l'électricité disponible pour les alimenter.
Cet engouement s'inscrit dans une dynamique plus large. La France pousse aussi ses propres champions, comme Mistral, qui a transformé Le Chat en agent de travail souverain pour les entreprises. Et la course aux infrastructures n'est pas qu'européenne : elle alimente déjà des résultats financiers records chez les fournisseurs de matériel, à l'image de Dell et son meilleur trimestre historique grâce aux serveurs IA.
Ce que ça change, pour toi et pour la suite
Pour le grand public, ces milliards se traduiront concrètement par des chantiers, des emplois dans le nord du pays et, à terme, une capacité de calcul installée sur le sol français plutôt qu'à l'étranger. Pour les pros et les développeurs, c'est la promesse d'une infrastructure IA plus proche, donc potentiellement moins coûteuse et plus souveraine. Pour la suite, deux indicateurs à surveiller : la signature effective des projets encore conditionnels, et la capacité du réseau électrique à suivre. Car sans énergie, ces data centers ne resteront que des plans sur le papier.
