Le 1er juin 2026, Anthropic a confirmé avoir déposé de façon confidentielle un dossier d'introduction en Bourse auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. L'éditeur de l'assistant Claude vise une valorisation proche des 965 milliards de dollars, portée par un chiffre d'affaires annualisé qui a explosé à 47 milliards. Avec cette Anthropic IPO, le laboratoire devient le premier des grands labos d'IA de frontière à pousser la porte de Wall Street, et il le fait avant OpenAI.
Un S-1 confidentiel, première marche vers Wall Street
Concrètement, Anthropic a soumis un projet de document d'enregistrement, le formulaire S-1, à la SEC. La procédure dite "confidentielle" est une voie classique : elle permet à une entreprise de préparer son entrée en Bourse, de dialoguer avec le régulateur et d'ajuster son dossier sans révéler immédiatement au public le détail de ses comptes. Le document ne sera rendu public que plus tard, à l'approche de la cotation.
Selon les informations rapportées, l'entreprise viserait une cotation dès le mois d'octobre 2026. Pour la piloter, elle se serait attaché les services du cabinet d'avocats Wilson Sonsini, celui-là même qui avait orchestré l'entrée en Bourse de Google en 2004. Un choix qui en dit long sur les ambitions du dossier.
47 milliards de revenus et une valorisation proche du billion
Le moteur de cette IPO, c'est la croissance. Le chiffre d'affaires annualisé (revenue run rate) d'Anthropic a franchi 47 milliards de dollars, contre environ 9 milliards à la fin 2025. Une multiplication par cinq en quelques mois, tirée par l'adoption massive de Claude dans les entreprises pour le code et les usages agentiques. Le laboratoire revendique plus de 300 000 clients professionnels.
Sur cette base, la valorisation visée avoisine les 965 milliards de dollars, soit la frontière symbolique des 1 000 milliards. Attention toutefois à ne pas tout confondre : il faut distinguer cette entrée en Bourse de la levée de fonds privée qui avait déjà propulsé Anthropic près des 1 000 milliards de dollars. La série H, qui a apporté 65 milliards de dollars, remonte à moins d'une semaine avant ce dépôt. L'IPO, elle, ouvre le capital au grand public et aux marchés financiers : ce n'est plus un tour de table entre investisseurs privés.
Une chose est de lever des fonds auprès d'investisseurs triés sur le volet, une autre est de se soumettre au jugement quotidien des marchés.
Pourquoi Anthropic devance OpenAI
Le signal est double. Sur le calendrier d'abord : en déposant son dossier dès maintenant, Anthropic prend l'avantage du premier entrant sur OpenAI, son grand rival, qui n'a pas encore franchi le pas. Sur la valeur ensuite : la valorisation visée place le laboratoire au sommet de la hiérarchie des labos d'IA. Cette course traduit une tendance de fond, la financiarisation accélérée du secteur, déjà visible dans les résultats records des fournisseurs d'infrastructures comme Dell, qui a réalisé le meilleur trimestre de son histoire grâce aux serveurs IA.
Ce que ça change pour la suite
Pour le grand public, une IPO d'Anthropic ouvrirait, à terme, la possibilité d'investir directement dans un laboratoire d'IA de frontière, ce qui reste rare. Pour le secteur, c'est un test grandeur nature : les marchés sont-ils prêts à valoriser près de 1 000 milliards de dollars une entreprise dont les besoins en capitaux et en calcul restent colossaux ? La réponse, attendue à l'automne, donnera le ton pour toutes les introductions en Bourse de l'IA qui suivront. À surveiller dans les prochaines semaines : la publication du document complet et la réaction d'OpenAI.
