Le gouvernement américain veut transformer un vestige de la Guerre froide en moteur de l'intelligence artificielle. Le département de l'Énergie (DOE) a retenu le gestionnaire d'actifs Brookfield pour développer un immense data center dédié à l'IA sur le site de l'ancienne usine d'enrichissement d'uranium de Paducah, dans le Kentucky. Un projet chiffré à 100 milliards de dollars.
Un site nucléaire reconverti
L'usine de Paducah a ouvert en 1952. Pendant des décennies, elle a enrichi de l'uranium, d'abord pour l'armement et les réacteurs militaires, puis pour les centrales nucléaires civiles. Elle a cessé l'enrichissement le 31 mai 2013, sa technologie de diffusion gazeuse étant devenue obsolète. Le nettoyage du site, très pollué, doit s'étaler jusqu'en 2065 pour un coût estimé à 17 milliards de dollars.
Le nouveau campus s'installera sur les vastes terrains fédéraux qui entourent la zone. Brookfield développera et exploitera le data center. NextEra Energy construira et détiendra la production d'électricité.
Le vrai enjeu, c'est l'électricité
Un data center d'IA de cette taille dévore de l'énergie. Pour l'alimenter, NextEra prévoit :
- 2 gigawatts de production au gaz naturel,
- 2,6 gigawatts de stockage par batteries,
- une mise à niveau du réseau de transport électrique.
Au total, le site doit soutenir 1,8 gigawatt de capacité pour le campus, dont plus de 1,2 gigawatt réservé au calcul. Les premiers équipements pourraient entrer en service dès 2028, l'ensemble étant attendu vers 2031. Le chantier promet environ 8 000 emplois de construction et 600 postes permanents dans une région rurale de l'ouest du Kentucky.
Une course nationale
Washington affiche clairement l'objectif. "Ces projets transforment ces sites en moteurs d'innovation et de croissance économique", a déclaré le secrétaire à l'Énergie Chris Wright, pour "garantir que les États-Unis remportent la course à l'IA". Le choix de Paducah s'inscrit dans une stratégie plus large de réutilisation d'anciens sites d'enrichissement de la Guerre froide, dont les grands terrains et les raccordements électriques existants intéressent les géants du calcul.
Derrière l'image forte d'une usine à uranium recyclée en cerveau numérique, ce projet dit une chose simple : l'IA se heurte désormais au mur de l'énergie. Concevoir les modèles ne suffit plus, il faut trouver où brancher les serveurs. En misant sur le gaz et d'anciens sites nucléaires, les États-Unis font un pari industriel autant qu'environnemental, dont la facture climatique reste à surveiller.