Les États-Unis viennent de fermer leur marché aux nouveaux robots chinois. Mardi, la FCC, le régulateur américain des télécoms, a interdit l'importation de robots humanoïdes et quadrupèdes venus de Chine, ainsi que de certains équipements électriques connectés. Washington invoque la sécurité nationale et la protection de sa filière intelligence artificielle. Le premier concerné est Unitree, l'un des géants mondiaux du secteur.
Une interdiction qui vise l'infrastructure de l'IA
La mesure ne se limite pas aux robots. Elle englobe aussi les onduleurs connectés, ces boîtiers qui relient panneaux solaires, batteries et centres de données au réseau électrique. Le raisonnement est le même dans les deux cas : ces appareils sont bardés de capteurs, de caméras et de connexions, et pourraient servir de porte d'entrée à un sabotage, à du vol de données ou à une cyberattaque.
En creux, l'administration cherche aussi à pousser les fabricants à produire aux États-Unis, alors que la robotique s'apprête à entrer massivement dans les usines et les entrepôts.
Des portes dérobées déjà documentées
Pour justifier sa décision, la FCC ne s'appuie pas sur une crainte abstraite. Elle cite des failles déjà repérées dans du matériel Unitree installé dans de grandes universités américaines, dont le MIT, Princeton et Carnegie Mellon.
La plus inquiétante, surnommée UniPwn, exploite le Bluetooth pour prendre le contrôle total d'un robot. Elle est décrite comme capable de se propager d'une machine à l'autre, à la manière d'un ver informatique. De quoi transformer une flotte de robots en réseau compromis.
Ce que la mesure change vraiment
La règle est entrée en vigueur dès sa publication, mais elle reste tournée vers l'avenir. Elle ne vise que les modèles pas encore commercialisés :
- Les robots et onduleurs déjà achetés ne sont pas rappelés.
- Les modèles autorisés avant mardi peuvent continuer à être vendus.
- C'est donc un verrou sur les prochaines importations, pas une saisie.
Reste que le coup vise juste. Unitree, leader chinois, représente à lui seul près d'un cinquième du marché mondial des robots humanoïdes.
Après les puces et les équipements télécoms, la robotique devient à son tour un terrain d'affrontement géopolitique. Pour l'Europe et la France, la question qui monte est simple : qui fabriquera les machines qui, demain, travailleront dans nos usines et peut-être dans nos foyers ?