Demander à ChatGPT d'écrire "à la manière de" votre romancier préféré ne donne plus le même résultat. L'assistant d'OpenAI refuse maintenant de copier le style exact des auteurs vivants et se contente d'en capter "l'atmosphère". Un ajustement discret, repéré par Ars Technica le 27 juillet, qui pourrait avoir un vrai poids juridique.
Un refus poli, testé sur Stephen King
Le comportement est facile à reproduire. Interrogé pour rédiger une introduction dans le style de Stephen King, ChatGPT répond désormais qu'il peut "écrire avec les marques d'une horreur atmosphérique, centrée sur les personnages et l'angoisse d'une petite ville", mais qu'il ne peut "pas écrire dans le style exact de Stephen King ni imiter de près sa voix singulière". Autrement dit, il propose une ambiance proche tout en gardant, dit-il, sa propre voix. Là où l'outil livrait auparavant un pastiche assumé, il pose maintenant une limite.
Les vivants protégés, les disparus imités
La règle n'est pas uniforme, et c'est tout l'intérêt. Selon les tests d'Ars Technica, l'assistant oppose le même refus pour d'autres auteurs vivants, comme J.K. Rowling ou Amy Tan. En revanche, il accepte toujours d'imiter des écrivains décédés, tels Charles Dickens ou Ernest Hemingway, ainsi que les demandes de style "large" et non nominatives. Une analyse publiée plus tôt dans le mois par le site No Latency avait déjà relevé exactement ce partage entre auteurs vivants et disparus.
Un détail qui vise les tribunaux
Ce réglage n'a rien d'anodin. OpenAI fait face à plusieurs actions en justice d'auteurs qui l'accusent d'avoir entraîné ses modèles sur leurs œuvres sans autorisation. L'une de ces plaintes pointe la "capacité troublante" de ChatGPT à produire des textes très proches de contenus protégés. En distinguant l'imitation directe, désormais refusée, de la simple restitution d'un "ressenti", OpenAI se ménage un argument : son outil ne reproduirait pas une œuvre, il s'en inspirerait. Comme le résume un juriste cité dans l'enquête, "nous n'avons jamais connu de situation où le style personnel de créateurs pouvait être imité aussi bien et à un coût aussi faible qu'avec l'IA aujourd'hui".
Ce que ça change pour les lecteurs et les auteurs
Pour l'utilisateur, l'effet est immédiat : les pastiches d'auteurs vivants deviennent plus difficiles à obtenir, du moins par une demande frontale. Pour les écrivains, c'est un premier signe qu'un grand acteur de l'IA prend au sérieux la protection de leur style. Reste à savoir si un garde-fou logiciel, contournable et appliqué de façon inégale, suffira à convaincre les tribunaux. La réponse se jouera dans les mois qui viennent, dossier après dossier.