Le temps d'un week-end, des conversations que des utilisateurs avaient partagées via Claude, l'assistant d'Anthropic, sont devenues consultables dans les résultats de Google. Une simple requête suffisait pour tomber sur des échanges privés, parfois truffés d'informations sensibles. Anthropic a fait retirer ces pages, mais l'épisode rappelle un angle mort des fonctions de partage.

Ce que Google laissait voir

L'alerte est partie de Reddit, sur le forum r/ClaudeAI, autour du 25 juillet. Des internautes ont remarqué qu'en tapant site:claude.ai/share dans Google, le moteur remontait des centaines de pages de conversations partagées. Ces liens ne s'affichaient pas par hasard: ce sont des pages que les utilisateurs eux-mêmes avaient rendues publiques en générant un lien de partage, sans forcément imaginer qu'un moteur de recherche pourrait les référencer.

Le contenu allait bien au-delà de simples questions. Selon les captures relayées, on y trouvait des stratégies juridiques, du dépannage technique et du code d'entreprise, mais aussi des données très personnelles: clés d'API, identifiants de services cloud, coordonnées bancaires ou de portefeuilles de cryptomonnaie, CV avec noms et numéros de téléphone. Autant d'éléments qu'un partage anodin n'était pas censé exposer à la terre entière.

Une case oubliée dans le code des pages

À l'origine du problème, une subtilité technique. Anthropic avait bien demandé aux moteurs de ne pas explorer ses pages de partage via son fichier robots.txt, le panneau qui indique aux robots où ils peuvent aller. Mais ce fichier empêche surtout la lecture du contenu, pas toujours le référencement de l'adresse. Sans la balise noindex, qui ordonne clairement de ne pas lister une page, Google a fini par afficher les liens quand même, avec la mention Aucune information n'est disponible pour cette page. C'est la signature typique d'une page bloquée à la lecture, mais indexée malgré tout.

Le scénario n'est pas inédit. OpenAI avait connu le même couac l'an dernier avec les conversations partagées de ChatGPT, avant de retirer purement et simplement la fonction qui les rendait repérables.

Anthropic a réagi, le risque n'a pas disparu

La réaction a été rapide. Dès le 27 juillet, la requête site:claude.ai/share ne renvoyait plus aucun résultat sur Google. Sur Bing et Brave, en revanche, les pages sont restées visibles plus longtemps.

Faire disparaître un lien des résultats de recherche ne le supprime pas pour autant. Le lien de partage, lui, reste actif: toute personne qui l'avait enregistré peut encore ouvrir la conversation, tant que son auteur ne l'a pas révoqué depuis les réglages de Claude. Le déréférencement referme la vitrine, pas la porte.

Ce que ça change pour vous

La leçon vaut pour tous les assistants. Un lien de partage n'est pas un message privé: c'est une page web publique, accessible à quiconque connaît l'adresse et, parfois, à un moteur de recherche. Avant de partager un échange qui contient un mot de passe, un document interne ou une donnée personnelle, mieux vaut le considérer comme publié. Et penser à supprimer les liens dont on ne se sert plus.