Depuis janvier, l'assurance publique américaine Medicare confie à une intelligence artificielle le soin de valider, ou de retarder, le remboursement de certains actes médicaux. Le programme, baptisé WISeR, est testé dans six États et devait faire reculer les soins inutiles. Sur le terrain, médecins et patients décrivent des retards et des refus. Et à la mi juillet, une tentative du Sénat pour l'arrêter a échoué.

Comment fonctionne WISeR

WISeR, pour Wasteful and Inappropriate Service Reduction, soumet certains actes à une entente préalable automatisée. Avant d'être remboursés, treize types de soins jugés à risque d'abus, comme les injections épidurales, la kyphoplastie ou les substituts cutanés, doivent passer par une validation. Lancé à la mi janvier 2026, le dispositif couvre six États : Oklahoma, Arizona, New Jersey, Ohio, Texas et Washington.

L'agence fédérale qui pilote Medicare, les CMS, assure que l'IA accorde un oui immédiat dans 88 % des cas lorsque le dossier clinique est complet, avec une décision visée sous 72 heures.

Sur le terrain, des retards et des factures impayées

La réalité décrite par les soignants est plus rugueuse. En avril, l'université de Washington comptait une centaine de patients en attente d'une épidurale à cause des délais. Des médecins rapportent des remboursements versés avec six à huit semaines de retard, quand la cible affichée est de quinze jours. Un praticien de l'Arizona dit n'avoir toujours pas été payé pour neuf épidurales à la fin mai.

C'est un désastre. Dès le départ, il n'y avait aucune organisation.

Le témoignage est celui de Jerry Sobel, médecin de la douleur à Phoenix, cité par KFF Health News. Côté patients, Bill Curry, éleveur de 65 ans, résume la lassitude : remplir encore un formulaire, juste pour leur redire comment on se sent.

Un Congrès divisé

Le sujet est devenu politique. À la mi juillet, le Sénat a rejeté, par 46 voix contre 50, une proposition portée par les démocrates qui aurait mis fin à l'usage de l'entente préalable par IA dans le Medicare traditionnel. Les républicains ont bloqué l'examen du texte.

Le directeur du centre d'innovation des CMS, Abe Sutton, défend le programme : le modèle vise à réduire les soins inappropriés sans retarder les soins appropriés.

Pourquoi ça compte, ici aussi

WISeR fait entrer l'IA dans l'une des décisions les plus sensibles qui soient : quel soin sera pris en charge, et quand. La question qui monte n'est pas seulement l'efficacité, mais la responsabilité. Qui répond d'un refus, d'un retard, d'une erreur ? Le débat américain préfigure celui qui attend les systèmes de santé européens à mesure que ces outils s'installent.