Thinking Machines Lab, la jeune société fondée par Mira Murati, ancienne directrice technique d'OpenAI, a mis en ligne le 15 juillet 2026 son premier grand modèle d'intelligence artificielle. Il s'appelle Inkling, il comprend aussi bien le texte que l'image, le son et la vidéo, et surtout ses poids sont ouverts, une décision rare pour un modèle de ce niveau.
Un premier modèle qui vise le haut du panier
Créée début 2025, Thinking Machines Lab n'avait jusqu'ici partagé qu'un outil de personnalisation baptisé Tinker. Inkling est donc son premier vrai modèle, et l'équipe n'a pas choisi la prudence. Il repose sur une architecture dite de mélange d'experts : 975 milliards de paramètres au total, mais seulement 41 milliards activés à chaque requête, ce qui limite le coût de calcul. Il accepte jusqu'à 1 million de tokens de contexte et traite nativement le texte, les images, le son et la vidéo. Son entraînement a mobilisé 45 000 milliards de tokens de données.
Sur les tests de référence, Inkling se hisse au niveau des meilleurs modèles fermés du marché :
- 97,1% sur AIME 2026, une épreuve de mathématiques avancées.
- 87,2% sur GPQA Diamond, un test de questions scientifiques de niveau doctorat.
- 77,6% sur SWEBench Verified, qui mesure la résolution de vrais bugs logiciels.
- 91,4% sur VoiceBench, du côté de la compréhension audio.
Le modèle propose aussi un réglage de "l'effort de réflexion", qui permet de demander une réponse rapide ou un raisonnement plus poussé selon la tâche.
Ouvert, et disponible tout de suite
Au delà de la performance, c'est surtout le choix de l'ouverture qui marque. Les poids d'Inkling sont téléchargeables sur Hugging Face, et le modèle est déjà proposé via la plateforme Tinker pour l'ajuster, ainsi que par plusieurs hébergeurs partenaires comme Together AI, Fireworks, Modal, Databricks et Baseten. Thinking Machines a aussi ouvert un espace d'essai gratuit pour un temps limité, avec une remise de lancement de 50% sur l'accès payant.
Concrètement, une entreprise ou un développeur peut héberger Inkling sur ses propres serveurs, l'adapter à ses données et garder la main sur ses usages, sans dépendre d'une interface fermée facturée à l'usage.
Un poids lourd américain rejoint le camp de l'ouvert
Le geste compte au delà des chiffres. Jusqu'ici, les modèles à poids ouverts les plus puissants venaient surtout de Chine, comme Kimi K3 de Moonshot AI, ou étaient encore promis, comme celui de l'européen Mistral. Avec Inkling, un laboratoire américain de premier plan, dirigé par une figure passée par OpenAI, publie un modèle multimodal de haut niveau en accès ouvert. C'est un contrepoids direct aux modèles fermés d'OpenAI, d'Anthropic et de Google.
La société, l'une des mieux financées du secteur depuis sa création, défend depuis le début une approche centrée sur la personnalisation et le contrôle laissé aux utilisateurs. Inkling en est la première démonstration grand format.
Ce que ça change
Pour les développeurs et les entreprises, un modèle ouvert de ce calibre ouvre une alternative crédible aux grandes API payantes : on peut l'installer, le modifier et le garder chez soi. Pour l'écosystème, l'arrivée d'un acteur américain dans l'ouvert rebat un peu les cartes d'une compétition longtemps dominée par les modèles fermés. Reste à voir, dans les prochaines semaines, comment Inkling se comporte face aux usages réels, au delà des tests de référence.
