Devenir le visage d'une technologie qui inquiète a un prix, et il se compte désormais en gardes du corps et en caméras. À mesure que la défiance envers l'intelligence artificielle grandit, les dirigeants du secteur font face à des menaces de plus en plus concrètes, et ouvrent grand le portefeuille pour se protéger.

Une défiance qui vire parfois à la violence

Le climat s'est tendu vite. Selon la société de veille Liferaft, les menaces visant les dirigeants de l'IA et leurs centres de données ont été multipliées par sept entre fin février et mai 2026. En toile de fond, une opinion publique méfiante : une enquête de l'université Quinnipiac menée en mars auprès d'environ 1 400 adultes américains montre que 55 % d'entre eux estiment que l'IA fait plus de mal que de bien.

Cette hostilité a débouché sur des passages à l'acte. Le 10 avril 2026, un cocktail Molotov a été lancé sur la résidence de Sam Altman, le patron d'OpenAI ; un suspect a été arrêté et poursuivi, notamment pour tentative de meurtre et incendie volontaire. Cinq jours plus tard, un intrus s'est introduit dans les locaux d'Anthropic et a menacé de mort un cadre de l'entreprise.

Des budgets de protection qui explosent

Face à ces incidents, les entreprises réagissent en gonflant leurs dépenses de sécurité pour leurs dirigeants. En 2025, 38,1 % des entreprises technologiques du S&P 500 déclaraient de telles dépenses, contre 26,8 % quatre ans plus tôt.

Les montants donnent le vertige. Chez Palantir, le budget de protection a bondi de 150 % pour atteindre environ 3 millions de dollars par an. Oracle a augmenté le sien de 85,5 %, à 5,6 millions de dollars, une somme largement consacrée à la sécurisation du domicile de son fondateur Larry Ellison. Salesforce, de son côté, y consacre près de 4 millions de dollars, en hausse d'un million sur un an.

Les jeunes pousses ne sont pas épargnées. À San Francisco, le personnel de Corgi, une start-up d'assurance dopée à l'IA, a été pris à partie et la navette de l'entreprise a été vandalisée. Anthropic rapporte aussi des cas glaçants, d'un candidat sous fausse identité menaçant les enfants de salariés à un individu affirmant vouloir se présenter armé pour réclamer un remboursement.

Le symptôme d'un rejet plus large

Ces chiffres racontent autre chose qu'une simple montée de l'insécurité. Ils traduisent le fossé qui se creuse entre une industrie qui promet de changer le monde et une partie du public qui y voit surtout une menace pour son emploi, sa vie privée ou son quotidien. Pour les dirigeants de l'IA, la question de la sécurité personnelle est en train de devenir un poste de dépense durable, au même titre que le recrutement ou les serveurs.

Reste un signal difficile à ignorer pour le secteur. Tant que l'IA sera perçue comme imposée plutôt que choisie, la défiance risque de rester vive. Et derrière les grilles et les gardes du corps, c'est la question de l'acceptation sociale de cette technologie qui reste posée.