Concevoir un médicament prend souvent dix ans et coûte des milliards. La start-up américaine Chai Discovery promet de raccourcir la première étape, celle où l'on dessine la molécule qui soigne. Elle vient de lever 400 millions de dollars, environ 370 millions d'euros, pour accélérer une IA qui invente des anticorps de toutes pièces. Les plus grands laboratoires du monde l'utilisent déjà.
Une levée qui triple la valeur de l'entreprise
Le tour de table, annoncé le 14 juillet 2026, est mené par Index Ventures, accompagné de Kleiner Perkins, Sequoia Capital et Dimension. De nouveaux investisseurs entrent au capital, comme Bain Capital Ventures, Battery Ventures ou Baillie Gifford, aux côtés d'historiques déjà présents, dont Thrive Capital, Menlo Ventures et OpenAI.
L'opération valorise Chai Discovery à 3,8 milliards de dollars. C'est près de trois fois plus qu'en décembre, lorsque la société était estimée à 1,3 milliard. Fondée en 2024 à San Francisco, elle a désormais réuni environ 630 millions de dollars au total.
Des anticorps dessinés par la machine
Le cœur du sujet n'est pas l'argent, mais ce que fait le logiciel. Chai Discovery construit des modèles qui prédisent et reprogramment la façon dont les molécules s'accrochent les unes aux autres. Son terrain de jeu, ce sont les anticorps, ces protéines que le corps fabrique pour neutraliser une menace et que l'on transforme en traitements.
Son modèle précédent, Chai-2, avait été présenté comme la première plateforme capable de dessiner un anticorps entièrement nouveau, sans exemple préalable, avec un taux de réussite à deux chiffres en laboratoire. Un cofondateur, Joshua Meier, le décrivait comme un Photoshop pour les protéines. La nouvelle version, Chai-3, va plus loin : l'entreprise affirme qu'elle double le taux de réussite, autour de 35 à 40 pour cent, et produit des anticorps qui se fixent plus solidement sur leur cible.
Pfizer, Lilly et Novartis déjà à bord
Signe que la technologie sort du laboratoire, plusieurs poids lourds de la pharmacie l'ont adoptée :
- Pfizer a signé un accord de licence, avec un modèle entraîné sur ses propres données.
- Eli Lilly figure parmi les clients de la plateforme.
- Novartis a noué une collaboration pour découvrir des anticorps sur plusieurs cibles thérapeutiques.
Pour ces groupes, l'enjeu est de gagner du temps sur la phase la plus incertaine de la recherche, celle où l'on teste des milliers de candidats avant d'en retenir un.
Ce que ça change
La conception de médicaments par ordinateur n'est plus une promesse de colloque. Quand Pfizer, Lilly et Novartis paient pour utiliser un modèle et que les investisseurs valorisent une jeune pousse à 3,8 milliards, c'est que les premiers résultats convainquent. Reste l'étape la plus longue, celle qui décidera de tout : ces anticorps dessinés par l'IA devront encore prouver, dans les essais cliniques, qu'ils soignent vraiment des patients.
