La start-up allemande Helsing vient de boucler l'une des plus grosses levées de fonds de l'histoire de la tech européenne. Basée à Munich et spécialisée dans l'intelligence artificielle appliquée à la défense, l'entreprise a levé 1,8 milliard de dollars. L'opération, la plus importante jamais réalisée par une start-up de défense en Europe, porte sa valorisation à 18 milliards de dollars et l'installe comme le champion du continent dans ce secteur.
Une levée record pour la défense européenne
Le tour de table, de type série E, a rassemblé de nouveaux investisseurs et des soutiens historiques. On y retrouve la banque américaine JPMorgan Chase, les fonds Lightspeed Venture Partners, Iconiq et Dragoneer, la branche Goldman Sachs Alternatives ou encore le fonds de pension canadien CPPIB. Selon l'entreprise, la demande des investisseurs a dépassé l'allocation disponible, signe de l'appétit du marché pour la défense pilotée par le logiciel.
La valorisation grimpe vite. Elle était estimée autour de 12 milliards d'euros à la mi-2025. En un an, Helsing a donc changé de dimension, tout en restant, précise-t-elle, majoritairement détenue par des capitaux européens.
Le logiciel, pas le matériel
Le cœur de Helsing, ce n'est pas le matériel, c'est le logiciel. L'entreprise développe une IA capable de fusionner en temps réel les données issues de drones, de radars, de satellites, de caméras et d'autres capteurs, pour en tirer une image unique et lisible du terrain. L'objectif est d'aider les militaires à décider plus vite, avec une vision d'ensemble.
Helsing conçoit aussi des systèmes plus concrets :
- des drones d'attaque pilotés par IA, capables d'opérer là où le signal GPS est brouillé et les communications perturbées ;
- des dispositifs de surveillance sous-marine pour protéger les infrastructures critiques, comme les câbles et les pipelines.
Pourquoi maintenant
Cette levée arrive dans un contexte de réarmement européen, alors que les budgets militaires du continent augmentent et que les États cherchent à réduire leur dépendance technologique. Helsing se pose en réponse européenne à l'américain Anduril, l'autre grand nom de la défense logicielle, qui attire lui aussi des capitaux massifs. Les investisseurs parient sur une idée simple : la guerre moderne se joue de plus en plus dans les données et les algorithmes, pas seulement dans l'acier.
Pour l'écosystème, le signal est fort. L'Europe tient enfin une entreprise capable de rivaliser à l'échelle mondiale sur l'IA de défense, un domaine longtemps dominé par les États-Unis. Reste une question de fond, qui dépasse la finance : jusqu'où confier à des algorithmes des décisions qui touchent à la sécurité et, potentiellement, à la vie. C'est le débat que cette montée en puissance rend chaque jour plus concret.
