Depuis le 8 juillet 2026, des millions d'utilisateurs de Doctolib ont reçu un email au titre rassurant, du type "Doctolib s'engage pour la recherche". Derrière ce message se cache un projet de grande ampleur : à partir d'août 2026, la plateforme française de prise de rendez-vous médicaux va utiliser les données de santé de ses membres pour entraîner ses propres outils d'intelligence artificielle. Et le fonctionnement retenu place la charge sur l'utilisateur : c'est à vous de refuser, sinon vous êtes concerné par défaut.

Un laboratoire d'IA clinique sur trois ans

Doctolib ouvre en août 2026 un laboratoire de recherche dédié à l'IA clinique, pour une durée de trois ans. Les travaux sont menés par l'équipe Heka, en partenariat avec trois institutions publiques : l'Inria, l'Inserm et l'Université Paris Cité. L'entreprise met en avant cinq axes de recherche : des diagnostics assistés par IA, une IA dite "de confiance" et transparente pour éviter les boîtes noires, un raisonnement causal plutôt que de simples corrélations, des recommandations de santé personnalisées et l'accompagnement du changement de comportement.

Les informations concernées sont des données démographiques et médicales, celles des utilisateurs comme celles de leurs proches rattachés au même compte. Elles sont pseudonymisées et conservées cinq ans. L'infrastructure technique s'appuie sur des prestataires américains (Google, Microsoft, Anthropic), mais Doctolib précise que les données restent chiffrées, hébergées en Europe, et que ces sous-traitants ne peuvent pas les récupérer pour leur propre compte.

Le consentement par défaut, validé par la CNIL

Le point qui fait débat est le mécanisme d'opposition. Il n'y a pas de case à cocher pour dire oui : il faut au contraire formuler un refus pour dire non. Ce fonctionnement est permis par la CNIL dans le cadre d'une recherche d'intérêt public, via sa méthodologie de référence. Concrètement, si vous ne faites rien, vos données rejoignent la base d'entraînement.

Pour refuser, ouvrez l'email reçu depuis le 8 juillet, repérez la section consacrée à vos données et remplissez le formulaire d'opposition. Il vous sera demandé votre identité complète (nom, prénom, date de naissance) pour vous authentifier. L'opération est aussi accessible depuis les paramètres de confidentialité du compte. Bonne nouvelle : cette opposition ne concerne que l'usage de vos données à des fins de recherche. Elle n'a aucune conséquence sur vos rendez-vous, vos ordonnances ou votre relation avec vos praticiens.

Un détail compte pour le calendrier : une fois la recherche lancée, la suppression de vos données deviendra en pratique impossible, au nom de l'intégrité scientifique des travaux. Autrement dit, mieux vaut décider avant l'ouverture du laboratoire que plus tard.

Ce que ça change pour vous

Doctolib est devenu un réflexe pour des millions de Français, ce qui donne à ce projet une portée considérable. La question n'est pas seulement technique : elle touche à la confidentialité de données parmi les plus sensibles qui soient. Si l'usage de vos informations médicales pour entraîner une IA vous dérange, le refus prend deux minutes et reste possible dès maintenant. Si vous y êtes favorable, vous n'avez rien à faire. Dans les deux cas, l'essentiel est de décider en connaissance de cause plutôt que de subir un choix par inaction.