Les États-Unis viennent de retirer un verrou majeur sur l'exportation de leurs puces d'intelligence artificielle. Depuis le 10 juillet, les Émirats arabes unis peuvent recevoir les processeurs les plus avancés de Nvidia et d'AMD sans passer par une licence, une décision qui rebat les cartes de la course mondiale aux centres de données.

Ce que change la décision de Washington

Le Bureau of Industry and Security, l'agence du département du Commerce chargée des contrôles à l'export, a fait basculer les Émirats dans le groupe de pays A:5, celui des partenaires les plus proches. Le pays a dans le même mouvement quitté les groupes D:3 et D:4, plus surveillés.

Concrètement, il n'est plus nécessaire d'obtenir une licence individuelle pour livrer aux Émirats des puces IA de pointe, des serveurs haute performance, des satellites commerciaux et certains équipements militaires. Point important, le texte ne fixe aucun plafond sur les quantités de matériel concernées.

Puces électroniques posées sur un circuit imprimé, illustrant les semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle
Image : Reuters

Qui en profite

Côté émirati, les grands noms du calcul intensif sont en première ligne, à commencer par G42 et sa filiale Core42, qui construisent des centres de données à grande échelle. Côté américain, les entreprises déjà installées sur place bénéficient aussi de la levée des licences : Amazon, Apple, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Oracle et xAI.

La décision prolonge un rapprochement engagé de longue date. Un cadre de coopération sur l'IA avait été signé entre les deux pays en mai 2025, et un accord conclu cette même année autorisait déjà les Émirats à importer des centaines de milliers de puces Nvidia. Washington rappelle que les investissements émiratis aux États-Unis dépassent 1 000 milliards de dollars et présente le pays comme un partenaire de défense majeur. Pour se mettre en conformité, G42 avait par ailleurs cédé ses participations dans des sociétés chinoises.

Une ouverture qui inquiète au Congrès

Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Les Émirats sont le seul membre du groupe A:5 à ne pas faire partie des régimes multilatéraux de contrôle des exportations, contrairement aux alliés de l'Otan. Cette singularité nourrit les craintes de plusieurs élus.

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a exprimé son inquiétude quant au risque de voir cette technologie détournée vers la Chine, et pointé les liens financiers du propriétaire de G42 avec des intérêts commerciaux. La question de la traçabilité des puces, une fois arrivées à destination, reste entière.

Ce que ça veut dire pour la suite

En s'ouvrant ainsi, les Émirats se posent en carrefour mondial du calcul pour l'IA, à mi-chemin entre les deux géants américain et chinois. Pour Nvidia et AMD, c'est un marché immense qui se libère de ses frictions administratives. Pour les régulateurs, la vraie bataille se déplace : moins sur l'autorisation de vendre, davantage sur la capacité à savoir où finissent réellement les puces les plus stratégiques du moment.