Ce n'est pas un laboratoire d'IA, ni un géant du logiciel. Et pourtant, SK Hynix vient de réussir l'une des plus grosses entrées en bourse de l'histoire de Wall Street. Le fabricant coréen de puces mémoire a fait ses débuts sur le Nasdaq le 10 juillet 2026, porté par une demande de matériel pour l'intelligence artificielle qui ne faiblit pas.
Une entrée en bourse qui bat des records
SK Hynix a levé 26,5 milliards de dollars en vendant 177,9 millions d'actions américaines à 149 dollars pièce. L'opération a été sursouscrite plus de sept fois, et le titre a gagné environ 13 % lors de sa première séance.
Ce montant fait de l'opération la plus grosse introduction jamais réalisée par une entreprise étrangère aux États-Unis. Elle dépasse le précédent record d'Alibaba, qui avait levé 25 milliards de dollars en 2014. À l'échelle mondiale, elle se classe deuxième pour l'année 2026, derrière la spectaculaire arrivée de SpaceX en bourse (85,7 milliards de dollars en juin).
Pourquoi la mémoire est au cœur de l'IA
Derrière ce record se cache un rouage méconnu de l'IA. SK Hynix est spécialisé dans la mémoire HBM, une mémoire ultra-rapide empilée juste à côté du processeur. C'est elle qui permet aux puces d'avaler les torrents de données nécessaires pour entraîner et faire tourner les grands modèles. Elle équipe notamment les cartes graphiques de Nvidia, devenues le carburant de la course à l'IA.
Cette position stratégique a fait décoller l'entreprise. Son action à la bourse de Séoul a grimpé d'environ 229 % depuis le début de l'année 2026, et SK Hynix a rejoint en mai le club très fermé des sociétés valorisées plus de 1000 milliards de dollars, aux côtés de Samsung Electronics et de l'américain Micron.
Un pari sur la fin des montagnes russes
Les fonds levés serviront à bâtir de nouvelles usines et des ateliers d'assemblage avancé en Corée du Sud. Derrière cet investissement, un pari clair : celui que l'IA a mis fin au cycle de hauts et de bas qui a longtemps rythmé le marché de la mémoire, où les périodes de pénurie succédaient aux surproductions.
« Le cycle de la mémoire pour l'IA est réel, les bénéfices sont réels », résume l'analyste Dilin Wu, cité par Al Jazeera. Aux États-Unis, des voix appellent déjà SK Hynix à construire ses futures usines sur le sol américain.
Pour l'écosystème, le message est net : la vraie bataille de l'IA ne se joue pas seulement sur les modèles, mais aussi sur le matériel qui les fait tourner. Cette tension a un revers. La flambée des prix de la mémoire, en partie provoquée par ce boom, a pesé ces derniers jours sur le cours de Nvidia. Quand une poignée d'acteurs comme SK Hynix, Samsung et Micron tiennent un maillon aussi critique, tout l'édifice dépend de leur capacité à suivre la cadence.
