DeepSeek ne veut plus dépendre des puces américaines. La start-up chinoise, révélée début 2026 par son modèle R1, travaille sur son propre processeur d'intelligence artificielle. L'objectif affiché est de maîtriser le matériel qui fait tourner ses modèles, à l'heure où Washington verrouille l'accès de la Chine aux technologies de pointe.
Une puce taillée pour l'inférence
Le processeur en préparation viserait l'inférence, c'est-à-dire l'étape où un modèle génère ses réponses pour les utilisateurs, par opposition à l'entraînement. C'est aujourd'hui le segment de calcul qui croît le plus vite, à mesure que les assistants IA se diffusent dans le grand public et les entreprises. Le projet serait engagé depuis environ un an, mais reste au stade de l'évaluation : concevoir une puce demande plusieurs années et des investissements lourds, sans garantie de résultat. DeepSeek discuterait avec des partenaires spécialisés dans la conception, la fabrication et la mémoire, sans qu'aucun fondeur n'ait pour l'instant été nommé.
Sortir de la dépendance à Nvidia
L'entreprise a entraîné son modèle R1 sur des puces Nvidia H800, une version bridée pour la Chine désormais interdite d'export, avant de se rabattre sur l'architecture Ascend de Huawei. En développant son propre silicium, DeepSeek cherche à réduire sa dépendance à ces fournisseurs. Le contexte est tendu : les États-Unis restreignent l'accès chinois aux fondeurs les plus avancés et à la mémoire haute bande passante, deux éléments indispensables pour ce type de composant.
La démarche s'inscrit dans un mouvement plus large. Faute de pouvoir acheter librement les puces américaines, plusieurs acteurs chinois misent sur des solutions locales pour continuer à faire tourner leurs modèles. Concevoir un processeur dédié à l'inférence permettrait à DeepSeek de mieux contrôler ses coûts, alors que la facture de calcul explose à chaque nouvel utilisateur. Reste l'obstacle industriel : sans accès aux usines les plus modernes, produire une puce compétitive en volume demeure un défi considérable.
Une première levée de fonds pour accélérer
Ce virage matériel intervient au moment où DeepSeek boucle sa toute première levée de fonds auprès d'investisseurs extérieurs : 7 milliards de dollars, pour une valorisation estimée entre 52 et 59 milliards. De quoi financer à la fois ses futurs modèles et ses ambitions dans les puces, deux chantiers coûteux. C'est aussi un signal envoyé au marché : après avoir surpris le secteur avec des modèles performants à bas coût, DeepSeek veut désormais peser sur toute la chaîne, du logiciel au matériel.
Si DeepSeek réussit, la Chine gagnerait un acteur capable de concevoir à la fois ses modèles et une partie de son matériel, un pas de plus vers l'autonomie face aux sanctions américaines. Mais le pari est risqué : beaucoup d'entreprises ont annoncé vouloir concurrencer Nvidia, peu y sont parvenues. Le vrai test sera la production à grande échelle, pas l'annonce.
