La bataille de l'intelligence artificielle ne se joue plus seulement sur la performance, mais sur la facture. Selon une analyse publiée le 7 juillet par CNBC, un nombre croissant d'entreprises américaines délaissent les modèles d'OpenAI et d'Anthropic au profit de modèles chinois en accès libre, bien moins coûteux. La raison est simple : le prix de l'IA américaine grimpe, et beaucoup de sociétés cherchent désormais à maîtriser leurs dépenses plutôt qu'à adopter le modèle le plus prestigieux à tout prix.
Des modèles chinois bien moins chers
L'écart de tarif est spectaculaire. Les modèles chinois diffusés en open source coûtent de 60 à 90 % de moins que leurs équivalents américains les plus avancés. À titre d'exemple, DeepSeek V4 Pro est facturé environ 3,48 dollars par million de jetons produits, quand le modèle Fable 5 d'Anthropic est affiché autour de 50 dollars pour le même volume.
Cette pression sur les prix se traduit directement dans les classements. Sur OpenRouter, une plateforme qui aiguille les requêtes des développeurs vers différents modèles, des modèles chinois occupent désormais les quatre premières places. Le plus en vue, GLM-5.2, développé par la startup pékinoise Z.ai, revendique 750 milliards de paramètres et se hisse à un seul point de l'Opus 4.8 d'Anthropic sur un test mesurant les capacités d'agents, le tout pour environ un cinquième du coût.
Les entreprises américaines basculent
Le mouvement est mesurable. La part des jetons traités par des sociétés américaines sur des modèles chinois via OpenRouter dépasse 30 % chaque semaine depuis le 8 février 2026, avec des pointes à 46 %. Sur les douze mois précédents, cette part plafonnait en moyenne à 11 %.
Certaines entreprises vont jusqu'au basculement total. En juin, la jeune pousse Lindy a transféré 100 % de son trafic des modèles Claude d'Anthropic vers DeepSeek. Son patron, Flo Crivello, a décrit une courbe de coûts qui « s'est effondrée », une décision qui devrait faire économiser des millions de dollars à sa société en quelques mois.
Un contexte qui accélère le mouvement
Plusieurs éléments jouent en faveur des acteurs chinois. Fin juin, OpenAI a limité, à la demande des autorités américaines, le déploiement d'une nouvelle série de modèles. Dans le même temps, les restrictions à l'export sur des modèles avancés d'Anthropic ont été levées après un bras de fer avec l'administration. Ces à-coups réglementaires rendent les modèles chinois, librement téléchargeables et modifiables, plus prévisibles aux yeux de certaines entreprises.
Le cofondateur de Z.ai, Tang Jie, revendique d'ailleurs cet argument : selon lui, « l'intelligence de pointe ne devrait pas appartenir à quelques-uns ni dépendre de changements de règles soudains ». Le pari séduit les marchés : l'action de Z.ai a bondi de plus de 30 % à Hong Kong et a été multipliée par près de neuf depuis son entrée en Bourse en janvier.
Pour les entreprises comme pour le grand public, ce basculement dit quelque chose d'important : l'IA générative se banalise et devient un produit sur lequel on négocie le prix. Les laboratoires chinois n'ont pas encore comblé tout l'écart, DeepSeek estime lui-même un retard de trois à six mois sur les meilleurs systèmes américains, mais leur stratégie d'ouverture et de bas prix rebat les cartes d'un marché que l'on croyait verrouillé par la Silicon Valley.
