Et si un simple vêtement suffisait à brouiller les caméras qui scrutent les foules ? C'est le pari d'Urban Privacy, une jeune pousse installée à Leipzig, en Allemagne, fondée par Nicole Scheller et Daniel Preuß. Sa promesse : rendre son porteur illisible pour les systèmes de surveillance automatisés, à l'heure où la reconnaissance faciale s'installe dans l'espace public.

Un motif de visage pour tromper l'algorithme

Le produit vedette de la marque est une veste ornée d'un motif qui évoque, en gros plan, un visage humain. L'idée est de perturber les algorithmes de détection, conçus pour repérer des visages dans une image : en en voyant partout, le logiciel peine à isoler celui du porteur. La coupe, volontairement ample et asymétrique, complique aussi l'attribution automatique d'un genre par les caméras.

La gamme ne s'arrête pas là. Une écharpe affiche un QR code renvoyant vers la page no-photos-pls.com, une manière de signaler son refus d'être photographié. Une pochette pour smartphone, enfin, isole complètement l'appareil du réseau et coupe le signal GPS, pour empêcher tout suivi de localisation.

Une réponse à la surveillance biométrique

Ces créations ne sortent pas de nulle part. En Allemagne, la police teste déjà la reconnaissance faciale biométrique en temps réel dans le quartier de la gare de Francfort, officiellement pour identifier d'éventuelles menaces terroristes ou retrouver des personnes disparues. Le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a proposé d'installer des caméras intelligentes dans les gares du pays.

Le principal problème, c'est simplement qu'on ne sait pas où vont les données.

Cette phrase de Nicole Scheller résume l'inquiétude qui anime le projet : moins la peur d'être vu que celle de ne plus savoir qui regarde, ni ce que deviennent les images.

Reste une limite assumée : ces vêtements ne rendent pas invisible et ne garantissent rien face à des systèmes qui progressent vite. Ils relèvent autant du geste militant que de l'outil technique, une façon de rappeler que la reconnaissance faciale n'a rien d'une fatalité et que le débat sur son encadrement, lui, ne fait que commencer.