L'Europe peut-elle faire venir chez elle l'un des géants américains de l'intelligence artificielle ? C'est le pari, audacieux, que lance l'Autriche. Vienne propose à l'Union européenne d'attirer Anthropic, le créateur de l'assistant Claude, sur le sol européen, après le coup de froid provoqué par les restrictions américaines.

Un courrier à Bruxelles

L'initiative vient d'Alexander Pröll, secrétaire d'État autrichien au Numérique. Dans une lettre adressée à Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, il invite l'Union à étudier "l'établissement et la participation stratégiques d'Anthropic au sein de l'Union européenne".

Explorons ensemble l'établissement et la participation stratégiques d'Anthropic au sein de l'Union européenne, avec une sécurité juridique, un accès au marché, des capitaux et un ensemble de valeurs qui conviennent à cette entreprise.

Selon son porte-parole, Alexander Pröll ne parle pas d'une simple filiale européenne, mais bien d'un déménagement de fond. Il reconnaît toutefois ne pas préciser comment une telle opération pourrait se concrétiser, et s'attend à du scepticisme.

La conséquence directe des restrictions américaines

Cette idée ne tombe pas du ciel. Quelques semaines plus tôt, le département américain du Commerce a ordonné à Anthropic de restreindre l'accès de ses deux modèles les plus avancés, Mythos 5 et Fable 5, aux ressortissants étrangers, au nom de la sécurité nationale. Incapable d'appliquer des restrictions fondées sur la nationalité sur ses services cloud partagés, l'entreprise a préféré couper l'accès à l'échelle mondiale. Résultat : l'Europe s'est retrouvée privée de ces outils.

Pour Vienne, le risque est clair : dépendre de décisions prises à Washington, sur lesquelles l'Europe n'a aucune prise. "Une entreprise du calibre d'Anthropic sur le sol européen ne supplanterait pas nos propres champions", plaide Alexander Pröll. "Elle attirerait des talents, retiendrait des capitaux et fixerait des normes."

Le débat de la souveraineté relancé

La proposition autrichienne arrive alors que l'Union multiplie les efforts pour renforcer ses propres capacités en IA, dans le cloud comme dans les semi-conducteurs. Reste une question de fond : faut-il bâtir des champions européens ou attirer les meilleurs acteurs étrangers, quitte à dépendre d'une entreprise née ailleurs ? L'idée de rapatrier Anthropic, même partiellement, redessine la carte de la souveraineté numérique du continent.

Sur le papier, l'idée a tout pour séduire : sécuriser l'accès aux meilleures IA tout en gardant la main sur les règles. Dans les faits, convaincre une entreprise valorisée plusieurs centaines de milliards de dollars de quitter les États-Unis relève du défi. Mais le simple fait que la question soit posée en dit long sur l'inquiétude européenne : sans accès garanti aux modèles de pointe, le continent craint de décrocher dans la course à l'IA.