Le chinois DeepSeek vient de boucler la première ouverture de capital de son histoire. Selon la presse spécialisée, la jeune pousse a levé environ 7,4 milliards de dollars, pour une valorisation supérieure à 50 milliards de dollars. Au delà du montant, l'opération raconte autre chose : Pékin range désormais ses pépites de l'intelligence artificielle au rang de priorité nationale, et les sanctions américaines n'y sont pas étrangères.

Une première levée, et un tour de table très politique

Jusqu'ici, DeepSeek s'était développé presque sans argent extérieur, porté par la fortune personnelle de son fondateur Liang Wenfeng. Cette fois, le tour de table réunit de grands noms : le géant Tencent aurait apporté près de 10 milliards de yuans, le fabricant de batteries CATL environ 5 milliards, avec aussi JD.com et NetEase. Liang Wenfeng, lui, aurait remis au pot près de 20 milliards de yuans pour garder la main.

La structure de l'opération est inhabituelle. D'après les informations rapportées, les investisseurs commerciaux passent par un véhicule contrôlé par le fondateur, sans droit de vote et avec leurs capitaux bloqués cinq ans. Le fonds d'État chinois dédié aux semi conducteurs, surnommé le "Big Fund", serait le seul à obtenir des parts directes et un droit de vote. Autrement dit : beaucoup d'argent entre, mais le contrôle reste verrouillé.

Les sanctions américaines, un carburant inattendu

Le paradoxe est là. En coupant la Chine de ses puces et de ses outils les plus avancés, Washington pousse Pékin à transformer ses champions de l'IA en projets d'intérêt national, ce qui attire des capitaux massifs. DeepSeek n'est pas un cas isolé.

  • La Chine compterait désormais 381 licornes, contre moins de 40 en France.
  • 38 nouvelles licornes ont émergé en un an, soit une tous les cinq jours, un rythme deux fois plus rapide qu'en 2025.
  • La robotique humanoïde flambe aussi : AI² Robotics a levé 736 millions de dollars, X Square Robot (soutenu par Alibaba, ByteDance et Meituan) plus de 3 milliards.

Depuis le début de l'année, le seul secteur des robots humanoïdes aurait déjà attiré au moins 46 milliards de yuans, davantage que sur toute l'année 2025.

Ce que ça change

DeepSeek a déjà secoué le marché mondial en cassant les prix de ses modèles. Avec un trésor de guerre et le soutien assumé de l'État, l'entreprise se donne les moyens de tenir la cadence face aux laboratoires américains, malgré un accès limité aux puces les plus puissantes. Pour l'écosystème, le signal est clair : la course à l'IA n'est plus seulement une affaire de modèles, c'est aussi une bataille de capitaux et de souveraineté. À surveiller dans les prochains mois, du côté de la régulation comme de l'accès aux semi conducteurs.