Micron, longtemps un fournisseur de mémoire discret, est devenu en quelques semaines l'une des valeurs les plus chaudes de la tech américaine. Portée par la demande liée à l'intelligence artificielle, son action a bondi de 236% en un mois et sa capitalisation a brièvement dépassé celles de Meta et Tesla. À Wall Street, plusieurs analystes y voient désormais un nouveau Nvidia.
Une action qui s'envole
Le mouvement est spectaculaire. L'action Micron a clôturé vendredi à 1 132 dollars, en hausse de 236% sur un seul mois. Avant le milieu de l'année 2025, elle s'échangeait encore sous les 100 dollars.
Jeudi 26 juin, le fabricant a même brièvement dépassé Meta et Tesla en valeur boursière. À la clôture de la semaine, sa capitalisation atteignait environ 1 270 milliards de dollars, juste derrière Meta (1 390 milliards) et Tesla (1 420 milliards). Une place inattendue pour une entreprise que le grand public ne connaît presque pas.
La mémoire, carburant discret de l'IA
Pourquoi un tel emballement ? Parce que l'IA a un appétit énorme pour la mémoire. Un seul serveur d'intelligence artificielle réclame des quantités de mémoire sans commune mesure avec un ordinateur portable. Or Micron est l'un des rares acteurs à produire ces composants à très grande échelle.
Basé dans l'Idaho, le groupe figure parmi les trois géants mondiaux de la mémoire, aux côtés des coréens Samsung et SK Hynix. Pendant des années, son activité a suivi des cycles brutaux d'abondance puis de pénurie. L'IA a rebattu les cartes, en particulier autour de la HBM, une mémoire ultra-rapide devenue indispensable aux puces d'IA. Ses clients sont les plus gros noms du secteur :
- Nvidia, qui intègre cette mémoire au cœur de ses accélérateurs ;
- les géants du cloud comme Microsoft, Amazon Web Services, Google, Meta et Oracle.
Des résultats qui changent d'échelle
Les chiffres du dernier trimestre confirment la bascule. Le chiffre d'affaires a quadruplé sur un an pour atteindre 41,45 milliards de dollars, et le bénéfice est passé de 1,88 à 28,2 milliards de dollars. Pour le trimestre en cours, Micron vise entre 49 et 51 milliards de dollars de revenus.
Pour rassurer sur la solidité de cette croissance, l'entreprise met en avant 16 accords stratégiques de long terme, dont des contrats avec Nvidia et Anthropic. L'objectif est de lisser les cycles violents qui ont longtemps fragilisé le secteur de la mémoire. "Nous voyons un potentiel de croissance des bénéfices plus durable", résume Sebastien Naji, analyste chez William Blair, qui maintient une recommandation à l'achat.
Ce que ça change
L'envolée de Micron illustre un basculement : dans l'économie de l'IA, la mémoire devient aussi stratégique que les processeurs. Cette tension a un revers très concret pour le grand public. La même pénurie de puces mémoire, aspirées par les centres de données, fait grimper le prix des PC, des smartphones et des consoles. Reste la question qui hante le secteur : ce marché, historiquement cyclique, tiendra-t-il le rythme, ou prépare-t-il une nouvelle chute une fois la vague d'investissements passée ?
