De plus en plus de gens demandent l'actualité à un chatbot plutôt que de la chercher eux-mêmes. C'est l'un des enseignements du Digital News Report 2026 du Reuters Institute, la grande enquête annuelle de référence sur la consommation d'information. Le mouvement reste modeste, mais il s'accélère, surtout chez les jeunes, et il inquiète déjà les rédactions.
Le chatbot, nouvelle porte d'entrée de l'actu
Au niveau mondial, la part d'adultes qui utilisent chaque semaine un assistant comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity pour s'informer est passée de 7 % à 10 % en un an. La hausse est nette chez les plus jeunes : 17 % des 18-24 ans s'informent ainsi chaque semaine, contre seulement 5 % des 55 ans et plus.
La progression n'est pas uniforme. La Corée du Sud, la Grèce et l'Espagne ont vu cet usage doubler en un an, tandis que les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne restent stables. Ce que les utilisateurs apprécient le plus, c'est la possibilité de poser des questions de suivi pour creuser un sujet : 42 % d'entre eux citent cette fonction en tête.
Le casse-tête du trafic et de la confiance
Derrière ces chiffres, un signal d'alarme pour la presse. Quand on s'informe via un chatbot, on remonte rarement à la source : seuls 4 % des utilisateurs déclarent cliquer souvent vers les articles d'origine, contre 19 % depuis un moteur de recherche classique. Autrement dit, le chatbot résume l'info, mais ne renvoie quasiment aucun lecteur vers ceux qui la produisent.
Le rapport relativise toutefois l'ampleur du phénomène : 1 % seulement des sondés en font leur source principale d'information. Le chatbot reste pour l'instant un complément, pas un remplaçant. Plus largement, l'étude confirme que les réseaux sociaux et les plateformes vidéo ont dépassé les médias traditionnels comme première source d'actu à l'échelle mondiale.
Ce que ça veut dire pour la suite
Pour les médias, l'équation devient redoutable : leur travail nourrit des assistants qui captent l'attention sans renvoyer de visiteurs, donc sans générer de revenus. La bataille des prochaines années portera moins sur la production de l'info que sur sa redistribution, et sur la capacité des rédactions à négocier leur place dans ces nouveaux intermédiaires. Pour le lecteur, le confort d'une réponse instantanée a un coût caché : celui de ne plus jamais savoir d'où vient ce qu'on lui raconte.
