Une enquête du New York Times met en lumière une nouvelle génération d'applications qui aident élèves et étudiants à passer entre les mailles des détecteurs d'IA. Leur promesse: rendre un texte écrit par une intelligence artificielle indétectable, ou faire passer une copie pour le fruit d'un vrai travail.

"Humanizers" et "autotypers", deux parades

Deux familles d'outils se partagent ce marché. Les humanizers réécrivent un texte généré par une IA pour qu'il paraisse plus humain, en cassant les tournures trop régulières que les détecteurs repèrent. Les autotypers, eux, retapent l'essai lentement, caractère par caractère, pour imiter une frappe humaine et brouiller l'historique de rédaction d'un document.

Ces applications ne se cachent pas. Selon l'enquête, de grandes entreprises comme de petites startups en font la promotion ouverte sur les réseaux sociaux. Certaines sont gratuites, d'autres coûtent autour de vingt dollars par mois.

La course sans fin contre les détecteurs

En face, des services comme Turnitin ou GPTZero cherchent à repérer le texte artificiel. Ils analysent notamment la perplexité et la régularité d'une phrase, deux signaux qui trahissent souvent une machine. Pour suivre le rythme, ces détecteurs mettent à jour leurs modèles tous les mois, et les simples outils de remplacement de mots ne suffisent plus à les tromper.

Le problème, c'est que la détection reste imparfaite. Des études ont montré que Turnitin laissait passer plus d'un quart des textes générés ou reformulés par une IA. Pire, ces logiciels produisent parfois des faux positifs, en accusant à tort un élève qui n'a pourtant rien copié. On se retrouve donc dans une course permanente: chaque progrès d'un détecteur appelle une nouvelle parade, et inversement, sans qu'aucun camp ne prenne durablement l'avantage.

Quand des élèves honnêtes s'y mettent aussi

Conséquence inattendue: une partie des utilisateurs de ces applis ne cherchent pas à tricher. Craignant d'être accusés à tort par un détecteur, certains font passer leur propre texte dans un humanizer, juste pour éviter le soupçon. La technologie censée garantir l'honnêteté pousse ainsi des étudiants sincères à se protéger contre elle.

Cette tendance dit aussi quelque chose de la défiance qui s'installe. Quand un outil censé détecter la fraude devient lui-même une source d'angoisse, ce sont les règles du jeu scolaire qui se brouillent. Les élèves apprennent moins à écrire qu'à passer sous le radar, et les enseignants à se méfier d'un verdict logiciel qu'ils ne maîtrisent pas.

Pour les enseignants, le message est rude. La détection automatique seule ne réglera pas la question de l'IA en classe, et risque même de punir les mauvais élèves de la triche: ceux qui n'ont rien fait. La vraie réponse se jouera sans doute ailleurs, du côté de la manière d'évaluer le travail, oral, brouillons, exercices en classe, plus que des logiciels chargés de le surveiller.