L'IA réclame toujours plus d'électricité, et le réseau américain peine à suivre. Le 18 juin 2026, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), le régulateur américain de l'énergie, a pris une décision pour débloquer ce goulot : elle a ordonné aux six grands opérateurs de réseau du pays de fast-tracker les demandes de connexion des data centers. Une décision votée à l'unanimité, qui fait entrer l'IA dans le droit de l'infrastructure critique.
Jusqu'à plusieurs années pour une connexion : un problème devenu urgent
Connecter un data center au réseau électrique américain est un parcours du combattant. Les files d'attente d'interconnexion traînent en longueur depuis des années, avec des délais qui peuvent atteindre quatre à sept ans dans certaines régions. Pour les hyperscalers comme Microsoft, Google ou Amazon, qui construisent des campus entiers dédiés à l'IA, ces délais sont devenus un vrai frein à l'expansion.
La FERC vient de fixer un objectif radicalement différent : 90 jours pour traiter une demande de connexion. Pour y parvenir, elle a imposé aux opérateurs régionaux plusieurs obligations concrètes :
- Démontrer que les data centers peuvent « se connecter au réseau de transmission de manière rapide et ordonnée ».
- Fournir dans 30 jours un rapport sur les capacités de production disponibles dans leur région.
- Revoir ou défendre leurs tarifs électriques régionaux dans un délai de 60 jours.
- Explorer des technologies de réseau alternatives : transformateurs à état solide, lignes supraconductrices.
Des chiffres qui donnent le vertige
L'urgence de la décision s'explique par des projections qui laissent peu de marge. La demande électrique des data centers devrait presque tripler d'ici 2035, tirée par l'explosion des charges de calcul pour l'inférence et l'entraînement des modèles IA. En parallèle, les tarifs de l'électricité en gros ont déjà augmenté de 267 % en cinq ans, sous l'effet combiné d'une demande qui grimpe et d'une offre qui ne suit pas.
L'IA a besoin d'électricité comme une voiture a besoin d'essence. La question n'est plus de savoir si la demande va exploser, mais de savoir si le réseau peut tenir.
Pour les opérateurs, la pression vient aussi du fait que les grandes entreprises tech ne cessent d'annoncer des investissements massifs. Microsoft, Google et Amazon ont chacun annoncé des dizaines de milliards de dollars pour leurs data centers IA en 2026, avec des constructions qui nécessitent des puissances gigantesques. Un seul campus peut consommer autant qu'une ville de taille moyenne.
Ce que la FERC ne règle pas
La décision du 18 juin est significative, mais elle ne résout pas tout. Les experts sont unanimes sur un point : accélérer les connexions au réseau ne crée pas de l'électricité supplémentaire. Or c'est bien la pénurie de capacité de production qui constitue le vrai goulet d'étranglement à moyen terme.
La situation est d'autant plus tendue que l'administration Trump a dépensé 2,6 milliards de dollars pour annuler des projets d'énergie éolienne offshore, réduisant d'autant les sources de production renouvelable en développement. La contradiction entre la volonté de dominer l'IA et le frein mis aux nouvelles capacités énergétiques propres représente un arbitrage difficile qui se posera dans les mois à venir.
Ce que ça veut dire pour l'IA
Pour quiconque suit l'industrie IA de près, cette décision confirme que l'infrastructure électrique est désormais une variable stratégique de la course à l'IA. Les pays et les régions qui sauront alimenter leurs data centers en énergie suffisante, rapidement et à coût raisonnable, auront un avantage structurel sur ceux qui ne le pourront pas.
En France, les enjeux sont similaires. Les 93 milliards d'euros d'investissements annoncés à Choose France en juin 2026 incluent une part significative pour les data centers. La question de la disponibilité et du coût du réseau électrique sera, ici aussi, centrale pour transformer ces annonces en réalité opérationnelle.
