Le bras de fer autour des centres de données de xAI à Memphis vient de changer de dimension. Le ministère américain de la Justice est monté au créneau pour défendre les turbines à gaz qui alimentent le supercalculateur Colossus de l'entreprise d'Elon Musk, en invoquant la sécurité nationale. Une intervention rapportée le 16 juin par TechCrunch, qui place l'énergie de l'IA au centre d'un dossier judiciaire et sanitaire explosif.

57 turbines et une facture qui grimpe

Pour faire tourner ses modèles, xAI a installé 57 turbines à gaz sur ses sites de Memphis, un parc qui a doublé en un an. L'entreprise aurait prévu 2,8 milliards de dollars sur trois ans pour de nouvelles turbines, dont 2 milliards pour des unités mobiles. Problème : plusieurs de ces installations fonctionneraient sans les autorisations requises, ce qui a déclenché la colère des riverains et des associations.

La santé locale contre l'argument militaire

La NAACP, organisation historique de défense des droits civiques, a déposé plainte en avril, après avoir menacé de poursuites dès juin 2025. En cause, la pollution de l'air dans une région déjà parmi les plus touchées du pays. Depuis la mise en route des centres de données, trois polluants majeurs auraient augmenté :

  • les particules fines PM2,5, associées aux AVC et à la maladie d'Alzheimer ;
  • le formaldéhyde, classé cancérigène ;
  • les oxydes d'azote, liés à l'asthme et aux maladies cardiovasculaires.

Face à cela, le ministère de la Justice a sorti un argument inattendu. Selon un mémorandum cité par TechCrunch, débrancher les turbines compromettrait la sécurité nationale, économique et énergétique des États-Unis et nuirait à l'innovation en intelligence artificielle. Le texte présente Grok, le modèle de xAI, comme l'un des quatre systèmes d'IA jugés critiques pour des opérations militaires, y compris de récentes frappes en Iran.

Le timing du dossier ne doit rien au hasard. Il intervient alors que les besoins en électricité des centres de données d'IA explosent, plus vite que la capacité des réseaux à suivre. Pour gagner du temps, plusieurs acteurs du secteur misent sur des turbines à gaz installées à la hâte, une solution rapide mais polluante, qui reporte sur les habitants voisins le coût environnemental de la course à la puissance de calcul.

Ce que ça révèle

Au delà du cas xAI, ce dossier met en lumière le coût réel de la course à l'IA : des centres de données gourmands en électricité, alimentés en urgence par des turbines à gaz, au prix de la qualité de l'air des habitants. Quand un État répond à une plainte sanitaire par un argument de défense nationale, le débat dépasse la technologie. Il pose une question simple : jusqu'où est-on prêt à aller, et qui en paie le prix, pour faire tourner les machines de l'intelligence artificielle.