La France remet la main au portefeuille pour l'intelligence artificielle. Mardi 16 juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé 655 millions d'euros supplémentaires pour soutenir la filière, ainsi que la généralisation d'un assistant conversationnel souverain à près d'un million d'agents publics. L'objectif affiché tient en un mot, la souveraineté.
655 millions pour muscler la filière
L'enveloppe vient s'ajouter aux financements déjà engagés. Selon Matignon, elle doit "soutenir les infrastructures, la capacité de calcul, la recherche, les entreprises et les filières industrielles". Autrement dit, l'argent ne va pas à un seul acteur, mais à toute la chaîne, des centres de données qui font tourner les modèles jusqu'aux start-up et aux laboratoires.
Concrètement, les 655 millions doivent irriguer plusieurs maillons :
- Les infrastructures et la capacité de calcul, le nerf de la guerre pour entraîner et faire tourner les modèles.
- La recherche, pour garder des compétences de pointe sur le sol français.
- Les entreprises et les filières industrielles, afin que l'IA se diffuse dans l'économie réelle.
Le message politique, lui, est limpide. Sébastien Lecornu dit vouloir que "cette révolution profite aux Français", qu'elle "protège notre souveraineté" et "renforce nos services publics". Trois priorités qui résument la ligne française depuis le sommet de Paris sur l'IA, investir vite sans tout déléguer aux géants étrangers.
Un assistant IA pour un million d'agents publics
Le volet le plus concret concerne l'État employeur. Un assistant conversationnel souverain commun va être généralisé à environ un million d'agents de la fonction publique d'État. Pensé pour les tâches du quotidien, il doit par exemple fluidifier la gestion de certaines procédures judiciaires, ou aider les enseignants-chercheurs à monter leurs appels à projets.
Les citoyens ne sont pas oubliés. Le site Ameli de l'Assurance-maladie va accueillir un "assistant santé public" à base d'IA, chargé de mieux orienter les patients dans leurs démarches. De quoi désengorger, en théorie, des services souvent saturés. Le calendrier précis de déploiement n'a pas été détaillé, mais l'État affiche sa volonté d'installer l'IA au cœur de ses démarches.
La souveraineté, fil rouge de l'annonce
Cette annonce s'accompagne d'un signal fort côté renseignement. Sébastien Lecornu a confirmé que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) rompt son contrat avec l'américain Palantir, spécialiste de l'analyse de données, au profit de la société française ChapsVision. Un choix symbolique, qui illustre la volonté de réduire la dépendance aux technologies étrangères sur les sujets les plus sensibles.
Pour les agents publics comme pour les usagers, l'effet ne se mesurera pas à l'annonce, mais à l'usage réel de ces outils dans les mois à venir. La vraie question n'est plus de savoir si l'État investit dans l'IA, mais s'il saura la déployer sans rejouer les ratés des grands chantiers numériques publics. La réponse se jouera sur le terrain, pas dans les communiqués.
