Trois jours seulement après le lancement de ses modèles les plus puissants, Anthropic a dû les éteindre sur ordre du gouvernement américain. Le 12 juin 2026, l'administration Trump a invoqué des autorités de sécurité nationale pour interdire tout accès à Claude Fable 5 et Claude Mythos 5 à n'importe quel ressortissant étranger, qu'il se trouve aux États-Unis ou à l'étranger. Incapable de filtrer ses utilisateurs en temps réel selon leur nationalité, Anthropic a coupé l'accès pour tout le monde. Une première dans l'histoire de l'IA commerciale.

Des modèles inédits, bloqués avant d'avoir vraiment décollé

Fable 5 avait été lancé le 9 juin comme le modèle Anthropic le plus performant jamais rendu public. Selon l'entreprise, il « dépasse les capacités de tout modèle qu'Anthropic a jamais mis à disposition », avec des performances exceptionnelles en ingénierie logicielle, vision, recherche en sciences de la vie et raisonnement financier avancé. Mythos 5, sa version encore plus puissante, était réservée à un cercle restreint de partenaires en cybersécurité via le programme Project Glasswing.

C'est précisément cette capacité en cybersécurité qui a retenu l'attention du gouvernement. Un autre acteur aurait affirmé avoir trouvé un moyen de contourner les garde-fous du modèle, une technique connue sous le nom de « jailbreak », pour lui faire identifier des failles logicielles. L'administration a jugé que cette capacité représentait un risque de sécurité nationale.

La dispute entre Anthropic et la Maison-Blanche

Selon le conseiller scientifique de la Maison-Blanche David Sacks, l'administration aurait donné à Anthropic un choix simple : corriger le jailbreak ou retirer Fable 5. Dario Amodei, PDG d'Anthropic, a refusé les deux options. L'export control a alors été émis « à contrecœur », selon Sacks.

La prévention complète du jailbreaking n'est pas techniquement possible pour n'importe quel fournisseur de modèles. La question est de savoir si l'on déploie en sachant cela, avec des garde-fous solides.

Dans son communiqué officiel, Anthropic a précisé avoir révisé la démonstration du jailbreak fournie par le gouvernement. Sa conclusion : il s'agit d'une technique « étroite et non universelle », permettant d'identifier « un petit nombre de vulnérabilités mineures déjà connues ». L'entreprise estime que cette découverte ne justifie pas de retirer un modèle commercial déployé auprès de centaines de millions de personnes, en particulier quand les modèles concurrents ont des capacités comparables.

  • Anthropic se conforme à la directive légale, mais en désavoue publiquement la méthode.
  • L'entreprise réclame un processus de supervision « transparent, équitable, clair et ancré dans les faits techniques ».
  • Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, a adressé à Dario Amodei une lettre menaçant de sanctions civiles et pénales en cas de non-conformité.

Négociations en cours et bureau de Séoul

Depuis le 12 juin, des équipes d'Anthropic se relaient à Washington pour tenter de trouver un accord. Le 18 juin, Anthropic a inauguré son nouveau bureau à Séoul. Son directeur international, Chris Ciauri, a déclaré être « très confiant » que Fable 5 et Mythos 5 seraient à nouveau disponibles « dans les prochains jours ».

L'épisode a par ailleurs mis en lumière le rôle de SK Telecom dans cette affaire : l'opérateur coréen, partenaire d'Anthropic dans Project Glasswing, a été identifié dans un rapport du Washington Post comme le déclencheur involontaire de la décision américaine, en raison de soupçons de liens présumés avec la Chine. SK Telecom a démenti toute implication directe.

Ce que ça veut dire pour l'industrie

L'affaire Fable 5 pose une question qui dépasse Anthropic. Elle illustre la tension croissante entre les ambitions commerciales des labos d'IA et la volonté des gouvernements de garder la main sur des capacités jugées sensibles, notamment en cybersécurité. Si le gouvernement américain peut ordonner du jour au lendemain la désactivation d'un modèle commercial majeur, quel signal cela envoie-t-il aux entreprises qui ont construit des produits sur ces APIs ? Et quel précédent cela crée-t-il pour la régulation future de l'IA dans le monde entier ?

La résolution de cette crise, quand elle viendra, dira beaucoup sur l'équilibre de pouvoir entre les labos et les États dans la course à l'IA.