Un long métrage fabriqué presque entièrement par des outils d'intelligence artificielle vient de franchir les portes d'un grand festival de cinéma. Le 10 juin 2026, le festival de Tribeca, à New York, a présenté Dreams of Violets, présenté comme le premier long métrage live-action généré par IA jamais sélectionné par un festival de cette envergure. Une étape symbolique pour une industrie qui regarde l'arrivée de ces technologies avec autant de curiosité que d'inquiétude.
Un film de 75 minutes pour 2000 dollars
Le contraste avec les budgets habituels du cinéma saute aux yeux. Réalisé par Ash Koosha pour le studio Fountain 0, ce docudrame de 75 minutes a été produit pour environ 2000 dollars, en trois mois, depuis le domicile londonien du réalisateur. Là où un long métrage classique mobilise une équipe, des décors et des mois de tournage, ce projet a reposé sur un assemblage d'outils logiciels et une poignée de personnes.
La fabrication a combiné plusieurs technologies, le générateur vidéo Kling AI pour les images animées, Claude d'Anthropic pour le travail d'écriture, Gemini et Nanobanana de Google pour la recherche et les visuels, ainsi qu'une technologie maison de Fountain 0 pour le cadrage et la cohérence des plans.
Un récit ancré dans l'actualité iranienne
Le sujet du film n'a rien d'anecdotique. Dreams of Violets est un docudrame inspiré des manifestations iraniennes de janvier 2026 à Téhéran. Il suit cinq Iraniens qui se retrouvent dans une ruelle, sous le regard d'Amir, un garçon de dix ans atteint de paralysie cérébrale. Le film évoque une répression d'une violence extrême, avec un bilan que la production rattache à environ 7000 morts et plus de 50 000 arrestations.
Présenté pendant la 25e édition du festival, qui se tient du 3 au 14 juin 2026, le film a été défendu par la cofondatrice de Tribeca, Jane Rosenthal.
Un exemple puissant de la façon dont des technologies émergentes comme l'IA peuvent servir non pas seulement d'outils d'innovation, mais de véhicules pour raconter des histoires profondément humaines.
Ce que ça dit du cinéma qui vient
La sélection d'un tel film par Tribeca n'éteindra pas le débat, elle l'attise. D'un côté, la promesse d'un cinéma accessible à des créateurs sans gros budget, capables de porter à l'écran des récits que les circuits traditionnels n'auraient pas financés. De l'autre, les questions de fond restent entières, sur le travail des acteurs et des techniciens, sur les données utilisées pour entraîner ces outils, et sur la place du geste humain dans une œuvre fabriquée par des modèles. Une chose est sûre, en ouvrant sa sélection à ce type de film, un grand festival reconnaît que l'IA n'est plus à la porte du cinéma, elle est entrée dans la salle.
