Et si les voitures autonomes apprenaient à conduire dans un monde entièrement généré par l'intelligence artificielle ? C'est le pari de Decart, start-up valorisée près de 4 milliards de dollars, qui a dévoilé le 10 juin 2026 Oasis 3. Ce "world model" génère en temps réel des environnements de conduite photoréalistes, accessibles via une API. Son ambition : remplacer une partie des kilomètres réels, coûteux et lents à accumuler, par des routes simulées à la demande.

Des scénarios rares à volonté

L'intérêt d'un tel système tient à un mot : les cas rares. Une voiture autonome doit savoir réagir à un piéton qui surgit, à un véhicule à contresens ou à une route verglacée. Or ces situations sont, par définition, peu fréquentes sur la route. Oasis 3 promet de les générer en masse, dans des environnements visuellement réalistes, pour entraîner et tester les systèmes de conduite sans attendre qu'ils se produisent dans la vraie vie.

Decart vise en priorité les entreprises de voitures autonomes, avant d'élargir le champ à la robotique et à l'IA physique, où la simulation joue le même rôle. Le service est facturé 0,02 dollar la seconde de génération, avec une tarification sur mesure pour les usages d'entreprise. Son dirigeant, Dean Leitersdorf, en parle comme du "premier world model réellement utilisable, sur lequel les gens pourront vraiment programmer".

Une technologie encore jeune

Decart ne masque pas les limites de son modèle, et c'est sans doute le plus intéressant. Sur la durée, l'environnement perd en cohérence : le décor se dégrade, et la physique déraille. Il arrive que des voitures se traversent au lieu d'entrer en collision. Le contrôle de la direction reste limité, et l'architecture, dite autorégressive, génère environ 8 000 tokens par image. Résultat, à plusieurs dizaines d'images par seconde, la fenêtre de contexte du modèle se remplit très vite, ce qui borne la longueur des séquences cohérentes.

Ces réserves rappellent que les world models restent une frontière de la recherche, pas un produit fini. Mais elles n'entament pas l'élan de Decart. En deux ans d'existence, la société a levé 300 millions de dollars, atteint une valorisation proche de 4 milliards et fédéré plus de 100 000 développeurs autour de ses outils.

Ce que ça veut dire

Pour le secteur automobile, les world models comme Oasis 3 dessinent une nouvelle façon de fabriquer la sécurité : tester un système de conduite contre des millions de scénarios générés plutôt que filmés. Pour l'IA dans son ensemble, ces "mondes simulés" sont présentés comme la prochaine grande frontière, après les modèles de texte et d'image. La marche reste haute, les incohérences physiques le montrent, mais la direction est claire. Apprendre à des machines à agir dans le monde réel passera de plus en plus par des mondes qu'elles auront elles-mêmes générés.